Remaniement : la fin des «100 jours d’apaisement» entre casseroles et casserolades

Macron reste dans l’isolement sans alliances politiques à l’horizon pour mener à bien son agenda patronal.

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Nous voilà au bout des 100 jours « d’apaisement » promis par l’exécutif au mois d’avril. Ce remaniement ministériel se présente comme l’occasion de se refaire une santé pour dissimuler l’échec politique d’une macronie affaiblie et dégradée, très contestée dans la rue tout au long de cette année 2023. Macron reste dans l’isolement sans alliances politiques à l’horizon pour mener à bien son agenda patronal.

Au-delà de toute spéculation et magouille par derrière et par en haut, ce que nous pouvons retenir de ce nouveau remaniement c’est la continuité d’un plan d’action déclaré à l’encontre des intérêts des majorités travailleuses et des jeunes. En revanche, le changement se fait en faveur des patrons et du grand entrepreneuriat.

La prise tardive de parole de Macron a eu lieu après des longues heures d’attente pour dévoiler les nouveaux membres du gouvernement. Lors de son allocution, Macron s’était plutôt adressé à lui-même à grandes doses de formules d’auto-satisfaction. Il a réaffirmé sa confiance en Elisabeth Borne, la première ministre, en évoquant la mission de construire un “modèle plus juste”. Pour résumer, huit nouvelles personnalités ont intégré le gouvernement : Aurélien Rousseau (nommé ministre de la santé), la députée et présidente du groupe Renaissance Aurore Bergé (nommée ministre des Solidarités et des familles), les députés Prisca Thevenot (devient secrétaire d’Etat à la jeunesse et au service national universel), Philippe Vigier (devient ministre délégué chargé des outre-mer), Fadila Khattabi (devient ministre déléguée chargée des personnes handicapées), Sabrina Agresti-Roubache (nommée ministre de la ville), Thomas Cazenave (nommé ministre délégué chargé des comptes publics) et le maire de Dunkerque Patrice Vergriete (devient ministre du logement).

 

Un casting de casseroles

La ligne gouvernementale n’as pas bougé du tout malgré les figures repoussoirs de la période passée : Eric Dupont-Moretti reste là pour garantir la mainmise sur la justice ; Gérald Darmanin se maintient pour renforcer les frontières mortifères et garantir la répression, Agnès Pannier-Runacher continuera à représenter les intérêts du patronat de l’industrie et des énergies fossiles, ou encore les fervents défenseurs de la contre-réforme des retraites comme Olivier Dussopt. D’ailleurs, trois ministres ont simplement changé de portefeuille : c’est le cas de Gabriel Attal (passe de ministre délégué au budget à ministre de l’éducation et de la jeunesse), Bérangère Couillard (passe du secrétariat d’Etat à l’écologie à celui à l’égalité entre les femmes et les hommes), Sarah El Haïry (secrétaire d’Etat à la jeunesse et au SNU devient secrétaire d’Etat à la biodiversité).

La promotion qui attire l’attention est celle de Gabriel Attal en raison de sa méconnaissance de l’éducation nationale. Les départs font aussi du bruit, comme celui de Marlène Schiappa, qui a joué un rôle fondamental dans la mise en lumière de détournement des fonds publics. La délégation des comptes publics será présidé par le macroniste et ancien candidat à la mairie de Bordeaux pour LREM, Thomas Cazenave , déjà en conflit d’intérêts puisque sa femme est la numéro deux de l’assurance maladie. Fadila Khattabi aussi fait partie des nominations polémiques puisque la nouvelle ministre en charge du Handicap a été condamnée aux prud’hommes le 23 juin dernier, a révélé Médiapart jeudi 20 juillet, quelques heures seulement après sa nomination.

 

Les personnes trans dans l’oeil du cyclone

Dans la même syntonie, SOS Homophobie dénonce dans un communiqué le “mauvais signal” envoyé par la nomination de deux nouvelles membres du gouvernement : Berangère Couillard, nouvelle ministre deleguée de l’égalité femmes/hommes et de lutte contre les discrimination et Aurore Bérgé, connues pour leurs positionnements réactionnaires. En effet, Bérangère Couillard s’est opposée en 2020 à l’intégration des couples de même sexe dans une proposition de loi contre les violences conjugales, qu’elle portait au nom de la majorité présidentielle. Pourtant,les violences conjugales au sein des couples de même sexe est une réalité qui concerne près 3500 personnes chaque année, comme l’indique l’enquête «Virage» de l’Institut national d’études démographiques, réalisée en 2015. De plus, la ministre responsable de la lutte contre la haine anti-LGBTI nouvellement nommée s’est opposée à l’intégration dans cette proposition de loi de la réalisation d’un rapport obligatoire visant à documenter les violences conjugales au sein des couples de même sexe.

S’agissant d’Aurore Bergé, en 2022, lors de l’examen de la proposition de loi constitutionnelle “visant à protéger et à garantir le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse”, celle-ci a déposé un amendement visant à reformuler un alinéa de l’article 66-2 de la Constitution ayant pour effet d’exclure les hommes trans du droit à réaliser un IVG. Aussi, il y a un an, Aurore Berger recevait Dora Moutot et Marguerite Stern, deux militantes féministes qui excluent les personnes trans des luttes féministes, sans apporter son soutien aux personnes trans.”

 

Sous les pavés, la plage

S’il y a des certitudes, c’est que ces nouvelles nominations ne font qu’augmenter la colère des secteurs populaires. La colère n’a pas été absorbée après la séquence de l’énorme mobilisation contre la réforme de retraites. Cet épisode a démontré que le gouvernement est complètement ouvert à franchir les lignes rouges élémentaires de la démocratie bourgeoise, l’indignation populaire ne fait donc que s’accroître.

Il est certain que l’ambiance en France sera délétère à l’avenir : les émeutes provoquées par la colère issue de la mort du jeune Nahel en témoignent. Cependant, la rue n’oublie pas l’avancée autoritaire, réactionnaire et meurtrière de l’Etat français, et la tentative de dissolution de mouvements écologistes entre autres.

Si le “calme” est revenu, la colère ne s’éteint pas et les Français s’attendent à une rentrée de conflits sociaux, car aucun changement structurel n’est proposé par la Macronie. Ces éléments démontrent que le calme est relatif et qu’il ne risque pas de durer longtemps. Bien que l’ère de la Macronie est loin d’être finie, elle représente en même temps un défi pour l’organisation révolutionnaire des jeunes et travailleurs à l’avenir. Notre tâche c’est d’approfondir les expériences d’organisation et de formation pour intervenir avec plus de force à la rentrée.

Sources :
www.sos-homophobie.org/nos-articles/nouveau-gouvernement-communique-de-presse-de-sos-homophobie
https://www.mediapart.fr/journal/france/200723/fadila-khattabi-la-nouvelle-ministre-qui-ne-payait-pas-les-heures-sup

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