L’importance d’une journée de visibilité trans

Le 31 mars dernier avait lieu la journée internationale pour la visibilité transgenre. Créée en 2009 aux Etats Unis par la militante Rachel Crandall, elle s’importe en France à partir de 2018.

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La militante américaine avait pour ambition de créer une journée pour les trans autre que celle du 20 novembre, journée de recueillement pour les personnes trans mortes en raison de leur genre. Le 31 mars est donc une journée de célébration des trans, de leurs transitions, journée de mise en lumière des célébrités trans, principalement sportives et culturelles, et de la participation des personnes trans à la société, quel que soit le pays. Le mot d’ordre est clair “Les femmes trans sont des femmes, les hommes trans sont des hommes, les non-binaires existent”.

 

Une journée d’alerte et de formation

Pour les militants LGBTI+, et plus généralement pour tous les militants progressistes, le 31 mars est l’occasion de mettre au centre leur lutte pour des droits et une vie digne pour tout le monde. Dire au monde que les transgenres existent c’est bien, présenter tous les aspects que les questionnements autour du genre soulèvent c’est mieux. Les militants en profitent donc pour continuer à former le corps médical qui reste encore septique voir fermé aux personnes trans, alerter sur le manque de représentation des queers dans les mondes médiatiques et politiques, et soulever un point essentiel : si la visibilité progresse, les droits et conditions de vie ne suivent pas. Les personnes trans vivent encore trop souvent des discriminations et des violences dans le milieu médical, sur leur lieu de travail ou d’étude, ou tout simplement dans les lieux publics. C’est pour ça que, de plus en plus, la formation des populations est placée au cœur des journées du 31 mars. Informer autant qu’on peut sur la vie quotidienne des personnes trans, sur les problématiques d’accès au soin, sur l’ampleur des discriminations mais aussi sur les façons de lutter contre la transphobie. L’organisation Nous Toutes, ainsi que les autres qui ont participé au 31 mars, soulignent l’importance de cette journée à l’heure où les attaques contre les minorités de genre et les femmes se multiplient à travers le monde.

 

Lutter contre un climat transphobe

Les minorités de genre et les femmes ne peuvent que s’inquiéter de la montée des pouvoirs d’extrême droite en Europe, mais aussi de la radicalisation des groupuscules fascistes qui s’en prennent directement aux militants et associations qui luttent pour les droits des personnes LGBTI+. Rappelons nous qu’en mai 2023, un militant d’extrême droite avait attaqué le local LGBT de Tours à la bombe artisanale. Une triste illustration des agressions dont sont victimes les personnes LGBT. SOS Homophobie annonçait une agression physique tous les deux jours en 2022.

Mais malheureusement, pas besoin d’aller chercher chez les activistes les plus énervés ou dans les partis d’extrême droite pour trouver des attaques aux droits des minorités de genre. La droite réactionnaire dans son ensemble s’en charge très bien. Le groupe Les Républicains du Sénat annonçait en mars vouloir déposer une proposition de loi pour interdire les transitions de genre aux enfants (voir l’article « Les réactionnaires s’attaquent aux enfants trans »). Ce serait la loi la plus sévère d’Europe qui priverait les enfants de toute transition médicale et sociale.

Il n’en fallait pas plus à la gauche libérale pour s’engouffrer dans la brèche transphobe. Ainsi, interrogée à ce sujet sur BFMTV, Ségolène Royal a déclaré que les perturbateurs endocriniens pouvaient causer l’augmentation du nombre de jeunes trans car ils “bouleversent le cycle hormonal”. Critiquée sur Twitter, l’ancienne candidate socialiste a alors convoqué les travaux de l’épidémiologiste Emmanuelle Amar qui travaille sur les malformations congénitales. Cette dernière a tenu à répondre auprès de Libération, et sa réponse est sans appel : “Ce n’est [la transidentité] évidemment pas une malformation. Par conséquent, nous n’avons jamais abordé et encore moins étudié ce sujet”. Avant de préciser qu’“absolument aucune étude, à [sa] connaissance, n’a mis en évidence un lien entre une substance quelconque et le fait que des personnes ne se reconnaissent pas dans tout ou une partie du genre assigné à la naissance”. Les réactionnaires n’ont aucun mal à faire circuler de fausses informations sur les personnes trans et autres “perversions” qu’elles pourraient transmettre aux enfants par les “lobbys trans” à travers les réseaux sociaux.

Il est urgent que toutes les forces de gauche radicales, féministes et progressistes s’emparent de la journée du 31 mars aux côtés des militant.e.s. Il nous faut faire front commun face aux conservateurs et réactionnaires qui n’hésiteront pas à revenir sur nos droits conquis par de longues luttes. Dans l’espoir d’un avenir meilleur, unissons nos forces pour en conquérir de nouveaux et mettre fin aux discriminations qui rendent la vie impossible à une partie de la population. Faisons entendre nos voix pour l’égalité effective les 8 mars, les 31 mars, mais aussi tous les autres jours de l’année.

Sources:

Entretien Libération avec Emmanuelle Amar : https://www.msn.com/fr-fr/sante/other/transidentit%C3%A9-sur-quoi-s-appuie-s%C3%A9gol%C3%A8ne-royal-pour-affirmer-que-l-augmentation-des-cas-est-due-au-glyphosate-et-aux-perturbateurs-endocriniens/ar-BB1kiTzX

Ségolène Royale sur BFMTV : https://twitter.com/lecoindeslgbt/status/1770471820812013978

SOS Transphobie : https://www.sos-transphobie.org/journee-internationale-de-la-visibilite-trans-tdov-31-mars-2024

Agressively Trans : https://www.instagram.com/reel/C5KtFSFC6QZ/?igsh=MWNhMDcyZHBjdHM4Yw==

Nous toutes : https://www.instagram.com/p/C5LK5uxImrE/?igsh=MW9vbnEzdWllYnVwZQ==

Libération sur l’attentat à Tours : https://www.liberation.fr/societe/le-centre-lgbti-de-tours-attaque-a-la-bouteille-explosive-20230522_73BNMKU5LVBJ7OPDGGDZOJS7AQ/

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