Les enjeux de l’Europe face à la guerre en Iran

Depuis 40 jours, la guerre en Iran a pris une caractéristique mondiale qui touche l’ensemble de l’économie. La dépendance de l’Europe aux États-Unis semble être le plus grand frein à une réelle prise de position indépendante.

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Au-delà de l’aspect militaire, la guerre des États-Unis contre l’Iran est un révélateur des fragilités économiques, énergétiques et diplomatiques du capitalisme mondial. Le conflit en passant du théâtre militaire de l’opération Epic Fury des États-Unis prend des proportions d’ordre mondial depuis le blocage du détroit d’Ormuz par les deux belligérants. Dans ce contexte, l’Europe ne réussit pas à s’imposer comme une interlocutrice valable auprès des États-Unis sur la scène mondiale et reste dépendante de ses infrastructures.

La guerre lancée par Donald Trump et Benyamin Nétanyahou contre l’Iran est un échec. Se voulant une victoire rapide pour sécuriser de nouvelles réserves en pétrole, l’opération militaire s’est transformée en guerre qui dure déjà depuis plus d’un mois. Cette guerre est impopulaire aussi bien auprès des dirigeants internationaux que de notre classe pour ses impacts économiques. La situation de blocages successifs du détroit d’Ormuz se décline par des relations entre économie, politique et militarisme en constante évolution. 

En ce qui concerne les logiques de la guerre contemporaine, le blocage des flux économiques de la mondialisation est une stratégie toujours d’actualité, aussi bien en Iran qu’en Ukraine. Les conséquences économiques de ces actions alourdissent pour les belligérants le coût diplomatique de la guerre.

Depuis le 13 avril, le détroit est également bloqué par la marine états-unienne, signe de l’escalade militaire et d’une confrontation de plus en plus franche sur le terrain. Après avoir rouvert le détroit pendant quelques jours suite au cessez-le-feu au Liban, l’Iran l’a de nouveau fermé.

La question est aujourd’hui de savoir les impacts qu’aura ce double blocus sur l’économie mondiale et dans les relations diplomatiques qu’entretiennent les pays touchés avec les États-Unis. Déjà réunies plusieurs fois, les délégations iraniennes et états-uniennes n’ont pas réussi à trouver d’issue au conflit qui ne passe pas par la confrontation militaire directe. 

Ce climat de confrontation directe met l’Europe de la diplomatie mal à l’aise. Dès le début des attaques sur le territoire iranien, certains des principaux dirigeants européens n’ont pas pu cacher leur mécontentement de « ne pas avoir été invités à participer à cette décision ».

En revanche, ils ne se considèrent pas suffisamment consolidés pour prendre des mesures « indépendantes ». Un certain mécontentement se fait sentir après la défaite de Meloni lors du dernier référendum mais également suite à la défaite de Victor Orban en Hongrie. Il n’y a pas d’accord chez la bourgeoisie européenne pour aller à la guerre et assumer les coûts politiques, électoraux qu’elle entraîne, même si économiquement ils veulent tout faire payer à la classe travailleuse.

Pour les dirigeants européens, une stratégie du court terme se met en place afin de garantir le seul intérêt commun : rétablir des routes commerciales qui puissent tenir leur économies précaires. Starmer, Macron et Meloni s’appuient sur un discours dont l’intention première serait de revenir à la stabilité et à la sécurité.

En Europe la guerre se répercute sur les prix de l’énergie : mégawattheure à 60 €, baril de pétrole au-dessus des 100 €. Ces augmentations sur lesquelles les États européens n’assurent avoir aucun contrôle cause inflation +2,5 % et baisse de la croissance qui pourrait tomber à 0,9 % pour la fin d’année sur l’ensemble de la zone euro. Ces chiffres se répercutent sur plusieurs autres secteurs de la production, comme l’agriculture, causant une hausse des prix sur l’ensemble des biens de consommations.

Les dirigeants européens sont incapables de prendre une réelle distance de leur principal allié, les Etats Unis. D’ailleurs, plusieurs intérêts européens dépendent d’infrastructures états-uniennes. Que ce soit le pétrole depuis le blocus de la Russie avec la guerre en Ukraine, l’armement qui provient à 41 % des États-Unis, en plein contexte de course à l’armement sur le continent ou encore les infrastructures technologiques pour le stockage de ces données.

L’Europe est tout aussi dépendante des États-Unis pour sa défense. Une autre raison du manque d’opposition frontale à la politique guerrière de Trump est de ne pas remettre en jeu l’investissement états-unien en Ukraine. Lâcher l’allié états-unien, c’est perdre une protection face à la Russie. 

Le mieux que proposent les économistes progressistes est de renforcer l’indépendance européenne en matière d’armement et d’énergie. Cependant, le problème de cette position est le fait qu’elle ne porte aucune opposition à la guerre mais également qu’elle ne remet pas en question le caractère impérialiste européen. Ils ne s’attaquent pas aux racines à l’origine de la crise actuelle.

La riposte est à chercher auprès de notre classe qui lutte et s’organise contre les impacts directs de la guerre sur nos conditions de vie. Les irlandais·es sont sortis dans la rue contre leur gouvernement et ont gagné un blocage des prix de l’essence. En France, les raffineurs·euses de Total sont en grève pour un blocage des prix de l’essence à 1,50 €, pour l’augmentation des salaires et contre les profits de guerre des grandes entreprises. Le mouvement Blocchiamo tutto est encore un exemple de mobilisation large et massive contre les dépenses de la guerre et en solidarité avec les peuples opprimés. 

Dans ce contexte de conflits d’intérêts, c’est la solidarité internationale entre les travailleurs et les couches opprimées de la société qui doit primer. Pour un monde sans guerre, pour l’émancipation et l’autonomie des peuples et contre tout impérialisme.

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