Après 10 ans de Macron, quelles perspectives pour la France ?

Tirer le bilan politique des deux mandats d’Emmanuel Macron et de la combativité des travailleurs·euses en France pour mieux se préparer à la nouvelle séquence politique qui s’ouvre.

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Emmanuel Macron sur scène en costume, les bras levés face à un drapeau français et européen

En approchant de la fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron en 2027, le bilan social et politique doit être dressé pour se préparer aux prochaines luttes et faire face aux élections présidentielles de l’année prochaine. Cet article est une retranscription d’une introduction au débat du 2e Week-end d’été anticapitaliste de Socialisme ou Barbarie.

Une décennie d’attaques sociales contre notre classe

Les gouvernements de Macron se sont succédés chacun avec son lot d’attaques contre notre classe. Alors que la situation économique des travailleur·euses n’a fait que se dégrader. Depuis 2017, l’inflation générale a été de +19,50 %, de +14 % rien que pour l’alimentation, jusqu’à 30 % pour l’énergie et 14 % pour les services et loyers. Alors que le SMIC n’a lui augmenté que de 28,2 %, soit à peine 350 € net supplémentaire depuis 2017.

Sans être exhaustif, nous dressons une liste des différentes réformes et mesures prises par le gouvernement les 10 dernières années :

  • Retraite par points en 2019, et augmentation de l’âge de départ de 62 à 64 ans en 2023.
  • Un accès toujours plus difficile à l’assurance chômage avec une durée d’indemnité toujours réduite, un parcours social dégradé pour les bénéficiaires avec la privatisation de fait de Pôle Emploi en France Travail.
  • Toujours plus de tri social pour la jeunesse à l’université et à l’école, Parcoursup en 2018, MonMaster en 2023 et le Choc des savoirs la même année.
  • Les attaques racistes de la loi Bienvenue en France en 2018, la loi Immigration de Darmanin et Le Pen en 2024, renforcée par les circulaires et traques de migrants de Bruno Retailleau.
  • Une police qui agit avec impunité, depuis la présomption d’innocence de 2016, avec aujourd’hui le permis de tuer qui s’ajoute. La liste des victimes de violences policières des dernières années est longue.
  • À l’hôpital, entre 2017 et 2024, 33 000 lits ont fermé, soit la suppression d’un lit pour 1000 personnes.

Les deux quinquennats de Macron ont été ceux d’une militarisation croissante, participant à l’escalade guerrière internationale. Le budget de l’armée de 32 milliards d’euros en 2017 est estimé à 67 milliards pour 2030 selon la loi de programmation militaire votée en 2023. Remplissant ainsi les exigences des États-Unis de Trump lors des deux derniers sommets de l’OTAN de porter les budgets militaires des États européens à 5 % de leur PIB national.

Macron a tenté d’envoyer les jeunes au Service National Universel (SNU), finalement supprimé après les mobilisations de 2023. Aujourd’hui, c’est le Service National Volontaire, dont la portée militaire est plus assumée.

C’est un retour au service militaire obligatoire qui est en train de se mettre en place, la phase volontaire n’est pour les cadres de l’armée qu’un test pour une expansion future. La France va ainsi dans le même sens que ses voisins européens, au motif de faire face à la menace russe. La Pologne, la Roumanie et l’Allemagne ont introduit un service militaire volontaire, dans ce dernier pays des restrictions de voyage ont été appliquées aux jeunes hommes. Plusieurs autres pays ont réintroduit le service militaire obligatoire ou en ont allongé sa durée : Danemark, Suède, Lituanie, Lettonie et Croatie.

Le discours aux maires du chef d’état-major des armées Thierry Burkhard déjà repris pour être dénoncé plusieurs fois est bien clair : « Il faut que les Français se préparent à perdre leurs enfants à la guerre ». Ce discours est repris aussi bien à droite qu’à gauche, sans aucune opposition à la marche à la guerre.

La France de Macron est celle du président des riches et des patrons, avec des milliards pour les entreprises et l’armée, des miettes pour les travailleurs et les travailleuses.

 

L’impérialisme français en déclin

Le second mandat de Macron a été marqué par son effacement de la scène politique nationale après le désastre de la réforme des retraites, laissant aux premiers ministres successifs la charge des affaires nationales.

Macron préfère se montrer sur la scène internationale, où il tente d’affirmer la place d’un impérialisme français déclinant. Allant jusqu’à rejoindre la proposition du premier ministre canadien d’une alliance des puissances moyennes, en omettant de qualifier la France de puissance moyenne.

Les positions de la France dans ses colonies d’outre-mers sont de plus en plus contestées. À Mayotte, suite à l’opération Wuambushu, où une centaine de CRS ont été déployés pour détruire les bidonvilles et traquer les migrant·es comorien·nes. Du cyclone Chido dont les dégâts sont encore visibles aujourd’hui, après un an et demi, l’accès à l’eau et aux soins n’a toujours pas été rétabli sur l’ensemble de l’île.

En Martinique, les mobilisations contre la vie chère de 2024 ont pointé les profits réalisés par le groupe Bernard Hayot sur le dos des classes populaires d’outre-mers pour l’importation de produits venus de métropole.

En Kanany, en 2024 des mobilisations ont eu lieu contre le dégel du corps électoral pour y intégrer les colons récemment arrivés après un référendum manipulé par l’État français. Les dirigeant·es de cette lutte ont été déporté·es vers des prisons de métropole et n’ont été autorisés à retourner chez eux qu’en fin 2025.

La Kanaky reste un territoire important pour l’impérialisme français, pour ses ressources en nickel, parmi les plus importantes au monde et pour la projection de la France dans la sphère indo-pacifique, cœur du commerce mondial.

C’est aussi dans son pré-carré traditionnel en Afrique que la France perd du terrain face aux influences russes et chinoises croissantes. L’armée française a dû quitter plusieurs pays depuis 2017 : Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Sénégal et Côte d’Ivoire.

Face à la territorialisation croissante des impérialismes, la France et l’Europe tentent de maintenir un modèle de libre-échange obsolète sur les ruines de leurs anciens empires coloniaux. L’ère de domination du monde par un bloc occidental – européen et nord-américain – a laissée place à une polarisation entre Chine et États-Unis reléguant l’Europe au second plan.

 

Crise de régime de la Ve République et crise des alternatives politiques

Depuis 2022, cinq premiers ministres se sont succédés à Matignon ; le second mandat de Macron est un symbole de la crise de régime que connaît la France. Les élections de 2017 ont été celles de la crise du bipartisme PS-LR, elles ont permis l’émergence de Macron qui se présentait alors « ni de droite ni de gauche ». Mais aussi d’autres alternatives à gauche et à l’extrême droite : Mélenchon et Le Pen.

Les élections législatives anticipées de 2024 ont mis en avant les outils anti-démocratiques de la Ve République. Après la victoire relative du Nouveau Front Populaire et le nombre de sièges historiques du RN, Macron a pu légalement former un gouvernement issu de la minorité présidentielle de l’Assemblée.

En période de crise, l’exécutif n’hésite pas d’utiliser les outils autoritaires mis à disposition par la constitution : dissolutions, 49.3 et ordonnances. Pour sortir de cette crise les différents blocs ont chacun leur solution. La droite, le macronisme et l’extrême droite proposent un projet nationaliste pour replacer la France sur la scène des puissances impérialistes. Les caractères les plus autoritaires de la Ve république sont exagérés, Marine Le Pen promet d’appliquer son programme par ordonnances si elle n’obtient pas la majorité de l’assemblée.

À gauche, La France Insoumise propose une VIe république, une démocratie parlementaire bourgeoise plus traditionnelle. Les traits de ce système ne sont que vaguement définis mais sa mise en place se fera uniquement par la voie institutionnelle. Sans aucune lutte démocratique et sans aucune implication de notre classe, les attendus de cette nouvelle république sont très bas et sa capacité à résister à une contre-offensive réactionnaire inexistants.

Pour réellement faire valoir les revendications démocratiques qui bouillonnent en bas depuis une décennie, il est nécessaire de former un troisième bloc ouvrier et révolutionnaire, clairement délimité de la bourgeoisie et de son jeu institutionnel.

 

Le mouvement ouvrier et les élections présidentielles 2027

Le ton de l’année qui arrive semble celui des élections plutôt que de la lutte des classes, mais elles seront nourries par les mobilisations et le contexte des années précédentes. Chez les bases, la colère est présente mais pas l’organisation. Les directions syndicales sont elles aussi toujours aussi conciliantes et assument leur rôle d’extincteur des luttes. Elles ont été à l’arrière-garde de leur base lors des législatives de 2024 et du mouvement du 10 septembre 2025. Elles annoncent déjà leurs prochains cafés à Matignon pour l’éducation et la négociation des retraites AGIRC-ARRCO.

La colère présente au sein de notre classe est autant sociale que politique, les expériences de radicalisation des précédents mouvements sociaux ont combiné une lutte pour une revendication politique démocratique avec une revendication sociale comme suite au 49.3 lors de la bataille des retraites. Parfois cela a pu mener à la création d’organes de lutte à la base : assemblées des Gilets jaunes, Coordination Nationale Étudiante, assemblées du 10 septembre.

Ce contexte sera celui des élections présidentielles 2027. Nous sommes aujourd’hui toujours dans le flou sur les candidat·es parmi toutes les couleurs et nuances, mais des discours similaires émergent déjà à droite comme à gauche. Les élections 2027 semblent pour l’instant sur les idées réactionnaires de l’extrême droite.

Marine Le Pen et le Rassemblement National mènent ces élections sur leurs thèmes de prédilection avec une place assurée au second tour. Tous les autres candidat·es se présentent comme celui qui sera capable de faire face à Le Pen lors de ce second tour. Le Pen mène la campagne présidentielle malgré une condamnation pour détournements de fonds et emplois fictifs, elle est aujourd’hui assignée à résidence avec port du bracelet électronique.

À droite, la candidature qui ressort est celle de l’ancien premier ministre Édouard Philippe, avec un programme que l’on peine à différencier de l’extrême droite. Sa campagne a commencé avec un déplacement à Mayotte pour présenter ses mesures contre le droit d’asile, contre le droit du sol et pour des outre-mers avec une présence militaire renforcée. Son programme répressif est aussi pour la classe ouvrière en métropole. Lors de son meeting du 5 juillet à Paris, il a annoncé que les travailleur·euses allaient suer, au programme retraite à 67 ans et fin de la semaine de 35 heures. Édouard Philippe reprend aussi une proposition du RN de l’année dernière, la « règle d’or budgétaire ». Il souhaite inscrire dans la constitution l’impossibilité de faire passer un budget qui approfondisse la dette publique, avec l’interdiction que celle-ci ne dépasse les 1 % du PIB.

Pour la gauche non-insoumise, c’est Raphaël Glucksmann qui semble le plus probable de sécuriser sa place au premier tour, se disant certain d’une victoire d’une éventuelle primaire de la gauche. Son programme n’a rien à envier à celui d’Édouard Philippe, Glucksman est celui qui mène la campagne militariste la plus offensive en agitant le spectre de la menace russe.

Mais les projecteurs médiatiques de la gauche sont tournés vers Mélenchon, son seul programme est la victoire de La France Insoumise. Notre bilan de leur politique est différent du leur, les déclarations que leurs dirigeant·es ont tenues lors de leur université d’été ressemblent plus au mensonge qu’à un compte rendu. Le député de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel a déclaré « Aujourd’hui on se rend compte qu’on a construit un parti de masse » et Mélenchon a promis dans son discours de campagne « De changer la nature de l’État ».

Avec quelle politique LFI compte-elle faire cela ? Elle mise tout sur sa théorie de la Nouvelle France, un projet d’effacement de la classe ouvrière, de rupture avec les traditions de lutte, pour ranger tous les opprimé·es de la violence raciste de l’État français derrière un projet nationaliste, d’alliance avec les capitalistes nationaux.

La droite mène une campagne à l’extrême droite, la gauche mène une campagne à droite. Tous font campagne sur les idées du RN : racisme, sécuritarisme, militarisme et nationalisme. Tous promettent de remettre de l’ordre en France, c’est-à-dire réprimer celles et ceux qui expriment leur colère face au capitalisme, qui se sont mobilisés dans les manifestations pour les retraites, des gilets jaunes, dans les émeutes contre les meurtres racistes, dans les occupations de fac et d’usine.

Tout autant aujourd’hui que lors des législatives de 2024, il y a urgence à construire un front révolutionnaire en toute indépendance de classe. Si le macronisme semble pour l’instant être au bord de l’effondrement, les alternatives de l’extrême droite et de la gauche sont des impasses qui empirent nos conditions de vie car ne sortant pas du capitalisme et de sa catastrophe permanente.

Dans ces élections, nous soutiendrons les candidat·es qui se présenteront avec un programme en toute indépendance de classe et nous serons dans la rue le 1er Mai à la veille du second tour. La gauche au pouvoir n’aura rien à apporter aux travailleurs et travailleuses, l’extrême droite au pouvoir ne signifiera pas une tombée dans le fascisme. La seule solution sera de continuer de lutter et de s’organiser par nos propres forces sans illusion et sans résignation.

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