Face aux guerres impérialistes, construire un internationalisme révolutionnaire

Cet article est une retranscription d’une introduction au débat « Face aux guerres impérialistes, construire un internationalisme révolutionnaire » de Socialisme ou Barbarie lors de la fête de Lutte Ouvrière 2026.

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Une économie au service de la guerre pour les ressources, qui sert à toujours plus précariser les travailleur·euses

Depuis la crise économique de 2008, le taux de profit mondial continue toujours de baisser. Après chaque crise successive du capitalisme, la reprise est de plus en plus faible. Même pour des puissances émergentes comme la Chine, le taux de profit est en stagnation. Les États y répondent en gavant les entreprises nationales de subventions publiques au détriment des systèmes de protection sociale, d’éducation et de santé.

Pour faire face à la crise, les capitalistes accroissent l’exploitation après une période de concessions sociales à la classe ouvrière. Similaire pour l’exploitation de la planète après une période marquée par les sommets pour le climat, les conventions, même les politiques de greenwashing disparaissent.

Nous assistons à une territorialisation croissante des économies. Après des décennies de mondialisation néolibérale, les pratiques coloniales de domination des marchés sont de retour. Pour l’accaparement des ressources naturelles, comme Trump l’a fait au Venezuela pour le pétrole et comme il souhaite le faire pour les ressources minières et gazières de l’Arctique avec ses ambitions sur le Groenland. De manière similaire, la Chine cherche son expansion militaire dans l’Indo-Pacifique, et la France renforce sa présence militaire dans ses colonies.

Cette territorialisation se traduit par la guerre, celle des États-Unis et de l’État d’Israël contre l’Iran. Depuis le début du conflit 40 % des infrastructures de raffinage de pétrole du Golfe Arabo-Persique ont été détruites, ce qui représente un manque de 11 millions de barils de pétrole journalier. Les capitalistes profitent de cette crise avec la spéculation, comme Total qui met sur le marché les stocks qu’il s’est accaparés les années précédentes, lui donnant un considérable avantage sur la concurrence qui est dépendante de ses raffineries. Cette situation met Total dans une position à tendance monopolistique croissante sur le marché français.

D’autre part, les capitalistes font recours au travail des plateformes, approfondissant la précarisation du secteur des services, chez les coursier·es, livreur·euses, chauffeur·euses, aides ménagères. Les entreprises des plateformes ne reconnaissent pas la relation employeur-salarié·e, et s’en servent pour exploiter ses travailleur·euses et faire leurs profits. Une coordination internationale des bourgeois du secteur opère partout dans le monde des attaques contre les syndicalistes, contre les projets de réglementation. Les travailleur·euses des plateformes se retrouvent parmi les plus précaires de notre classe, ils effectuent des journées de plus de dix heures de travail, sans repos hebdomadaire, sans cotisations sociales et protection en cas d’imprévu.

Les attaques contre le droit du travail et les acquis du mouvement ouvrier du siècle dernier se multiplient. Un objectif : intensifier l’exploitation des travailleur·euses, extraire toujours plus de profit d’un travail qui nous rémunère de moins en moins, avec des salaires qui ne permettent pas de finir le mois. La jeunesse est envoyée au travail toujours plus tôt avec les politiques de tri social, qui empêche l’accès à l’université aux étudiant·es issu·es des classes populaires.

Avec l’intelligence artificielle, les capitalistes nous vendent la création de richesse sans avoir à travailler. La réalité est qu’il y a bien un travail effectué par des êtres humains, ce travail est toujours plus soumis à l’exploitation, toujours plus aliénant, et toujours moins rémunéré par rapport à la valeur qu’il crée.

Les recours accrus à l’intelligence artificielle posent de nombreux problèmes d’ordre écologique, la fabrication des micro-puces et semi-conducteurs nécessaires à l’infrastructure des centres de données dépend de minerais et terres rares dont l’exploitation provoque un important coût environnemental, ils sont obtenus par des travailleurs soumis à des conditions d’esclavage dans les pays colonisés.

L’autre problème est d’ordre géopolitique : 60 % des semi-conducteurs et 90 % des micro-puces sont fabriqués à Taïwan par l’entreprise TSMC, monopole mondial du secteur. Les ambitions de la Chine sur Taïwan et les tensions avec les États-Unis notamment avec les frais de douanes de Trump mettent à risque l’approvisionnement en matériel informatique de l’ensemble de la planète, essentiel pour des infrastructures critiques énergétiques, de transport, médicales et pharmaceutiques.

 

Une politique réactionnaire et un manque de consensus

Nous sommes dans une nouvelle étape de la situation mondiale, elle se définit par différents caractères. La crise économique se traduit sur le champ politique avec une polarisation croissante de celui-ci, vers la gauche et vers la droite, avec une mort du centre politique. Cette polarisation est encore dissymétrique, pour le moment avec un rapport de force du côté de la bourgeoisie et de l’extrême-droite.

Le retour de Trump en 2025 est marquant. Plus qu’une cause de la nouvelle étape, il en est une conséquence. Trump bafoue l’ensemble des consensus établis : usage explicite de la force militaire pour mener ses buts politiques, positionnement ouvertement impérialiste, retournement complet sur les politiques écologiques.

L’extrême droite profite de la mort du centre politique, de la précarisation croissante de notre classe pour se construire. Là où elle est au pouvoir, elle mène des politiques réactionnaires et anti-ouvrières.

Les impérialistes sont en guerre pour l’extension de leur sphère d’influence et l’accaparement des ressources naturelles. En Ukraine, l’OTAN et la Russie sont en conflit pour le contrôle du marché européen, au détriment de la lutte légitime du peuple ukrainien pour son autodétermination. Les premiers qui paient le coût de cette guerre, ce sont les travailleurs russes et ukrainien qui sont emmenés de force au front, subissent les bombardements d’une guerre qui n’est pas la leur.

En Palestine, le système capitaliste montre toute sa barbarie, depuis trois ans nous observons le pouvoir de massacre et destruction dont sont capables les armées modernes.  Par leur complicité, les différents gouvernements nous montrent jusqu’à quels moyens ils sont capables d’aller pour maintenir leur domination.

En Iran, on observe la décadence de l’impérialisme états-unien qui s’entraîne une nouvelle fois dans une guerre sans issue pour tenter de maintenir son hégémonie. Avec la rupture du consensus occidental entre les États-Unis et l’Union Européenne, on observe concrètement la crise des alternatives qui est en cours. Nous refusons les politiques réactionnaires de la République Islamique, l’impérialisme militaire des États-Unis et la diplomatie unilatérale de l’Union Européenne.

Face au génocide à Gaza, l’impuissance des organisations internationales : ONU, CJI, UNRWA ou la FINUL au Liban, a fini par les délégitimer. À montrer ce qu’elles sont réellement, des organisations de défense de l’ordre impérialiste dominant. L’ONU ne représente aucun peuple, seulement les dirigeants exploiteurs toujours prêts à se soumettre à l’impérialisme.

La bourgeoisie est fragmentée sur le futur, par manque de consensus, nous sommes dans une période sans hégémonie où se combattent différentes alternatives. Il est possible dans cette crise de construire une alternative socialiste par en bas.

 

La classe ouvrière et ses luttes en croissance

C’est notre classe qui paie le coût des guerres, des politiques réactionnaires et de l’accaparement des ressources. La lutte des classes devient de plus en plus dure et violente, le rapport entre les classes se polarise, il n’est plus au dialogue social. 

Une nouvelle classe ouvrière en rupture avec les traditions du mouvement ouvrier s’est formée. Cette nouvelle classe ouvrière, précaire, présente dans le secteur des services, elle est féminisée, LGBT et migrante.

Beaucoup se sont politisé·es au travers des luttes contre les oppressions spécifiques, mais face à l’exploitation et la précarisation croissante au travail, ce nouveau secteur de notre classe fait ses expériences militantes en tant que travailleurs et travailleuses.

La recomposition ouvrière aux États-Unis est un exemple, à Starbucks, à Amazon, dans la livraison. Les organisations syndicales sont en renaissance dans un pays qui a subi une longue rupture avec sa tradition ouvrière. Aujourd’hui avec les révoltes urbaines contre l’ICE, les États-Unis sont à l’avant-garde de la lutte antiraciste. 

La lutte des classes prend une place plus importante dans les analyses politiques de la bourgeoisie, alors que celle-ci était précédemment intéressée uniquement par les relations entre États. Si nous voyons bien que nous sommes clairement dans un moment réactionnaire, nous voyons aussi les possibilités pour une riposte générale de notre classe.

Face au génocide à Gaza, le mouvement étudiant riposte, des flotilles avec des militant·es issu·es du monde entier s’oganisent, le mouvement Blocchiamo Tutto en Italie organise la grève générale politique contre le génocide à Gaza et fait plier Meloni.

Après l’élection et la réélection de Trump : Black Lives Matter, No King, solidarité contre ICE à Los Angeles et Minneapolis, qui ont mené Trump à reculer sur les opérations de rafles dans les métropoles.

Toute une partie de la classe crie la consigne de l’anticapitalisme comme solution. Cela témoigne de l’apparition d’une forme de conscience de l’impasse du système capitaliste et cherchons à la pousser plus loin en reprenant ce mot d’ordre. Pour mener cet anticapitalisme qui est en train de se former jusqu’au bout, la seule stratégie est révolutionnaire, la seule solution l’unité de la classe ouvrière et de l’ensemble de ses secteurs : jeunesse, femmes et LGBTI, migrant·es et personnes subissant le racisme. Loin de maintenir l’anticapitalisme comme un mot d’ordre minimal nous nous en servons comme d’un outil militant au service de la construction du parti révolutionnaire.

Ces rebonds à gauche dépassent les cadres institutionnels. Ainsi nous refusons les caractérisations de la période comme celle du chaos, comme le font le NPA-A et le Secrétariat Unifié – Quatrième Internationale qui nous présentent un monde au bord du fascisme, qui justifient leur politique de front large derrière les organisations de la gauche et d’abandon de la construction du parti révolutionnaire de la classe ouvrière qui doit mener cette lutte

Les luttes d’autodétermination nationale jouent un rôle fondamental dans la période d’expansionnisme des différents impérialistes. Que ce soit celle du Venezuela face aux États-Unis, de la Palestine face à l’État colonial d’Israël, de Taïwan face à la Chine et de l’Ukraine face à la Russie.

Ces luttes sont un important levier de politisation, elles doivent servir à la construction d’un anti-impérialisme de classe, par en bas. Pour cela nous refusons les positionnements campistes des courants staliniens et décoloniaux, comme dans leur soutien à la République Islamique qui jouerait un rôle anti-impérialiste. Ces courants cherchent à mettre l’avenir de notre classe dans les mains de bourgeoisies nationales réactionnaires.

Notre anti-impérialiste est internationaliste, il est possible de créer des liens entre les ouvrier·es des pays exploités et celleux des centres impérialistes, comme les Iranien·nes en lutte contre leur régime et les travailleur·euses dans la rue aux États-Unis contre leur propre État.

Le collectif féministe marxiste Las Rojas investit la lutte féministe en y défendant une orientation de classe, pour construire un mouvement des femmes qui soit au front contre toutes les attaques. En Argentine, nos camarades ont participé à l’organisation d’une marche des fiertés antifasciste contre les politiques transphobes de Milei.

La jeunesse se mobilise contre en Allemagne contre la militarisation, au Brésil le collectif de jeunesse Ja Basta ! occupe l’université en défense de l’accès à l’université et pour les bourses, en France contre le tri social et les mesures de tri raciste.

À Los Angeles s’est tenu le 2e Congrès International des travailleur·euses de plateformes qui réunit l’avant garde du secteur issu de différents pays. Notre internationale participe activement à ce cadre, au travers des collectifs de base que nous organisons dans différents pays, comme le SiTraRePa, syndicat des travailleur·euses des plateformes d’Argentine et le collectif Livreur·euses à la base au Brésil.

 

Pour un internationalisme de lutte et de classe

Nous faisons vivre un internationalisme militant, nous nous sommes mobilisé·es en solidarité avec le peuple palestinien, le peuple venezuelien et les peuples d’Iran en toute indépendance des directions nationalistes. Nous avons été de toutes les manifestations, organiser des réunions politiques avec le collectif anticapitaliste de Kurdes, Iranien·nes et Afghan·nes à Paris, Roja, avec qui nous défendons une position d’indépendance : Ni Shah, Ni Mollah, Ni Trump.

En France, face à la polarisation croissante entre Le Pen et Mélenchon, il nous faut construire un troisième bloc indépendant de la bourgeoisie. Avec comme moyen principal de réalisation de son programme la combativité de notre classe, son organisation et l’impulsion des contre-pouvoirs. Il doit être capable de partir des préoccupations de la société comme point de départ pour les luttes qui construirons une société débarrassée de l’exploitation et des oppressions.

Pour faire converger toutes nos luttes, Socialisme ou Barbarie construit une Internationale communiste révolutionnaire à même d’intervenir dans le 21e siècle, en partant des revendications de notre classe et en les poussant vers la seule solution possible : une révolution de l’ensemble des travailleurs et travailleuses pour une société débarrassée des guerres, de l’oppression et de l’exploitation.

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