Il nous faut une gauche révolutionnaire pour pousser les luttes vers la victoire

Intervention de Shaï, militant à la jeunesse de Socialisme ou Barbarie à l’université de Paris 8, lors du débat « Face à la guerre impérialiste, l’urgence d’un internationalisme révolutionnaire » à la fête de Lutte Ouvrière 2026.

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La fin de cycle de la macronie

La France n’est pas une exception par rapport au climat international de montée des idées réactionnaires, de la guerre et de la remilitarisation. En effet, face au contexte international actuel avec la guerre impérialiste et ses conséquences directes sur la France, Macron tente de remilitariser le pays dans l’espoir de relancer l’impérialisme français. Cela se produit dans une situation marquée par la fin de cycle du gouvernement Macron, qui arrive à la fin de son deuxième quinquennat. 

Pour la jeunesse actuelle, Macron c’est tout ce qu’on connaît. Personnellement, ma vie politique a commencé sous le gouvernement Macron et la fin de la macronie est une bonne nouvelle pour un large secteur des travailleur·euses. Après 10 ans sous la macronie, quel bilan pouvons-nous en tirer ?

Il faut commencer par dire que la macronie est un produit de la crise de représentativité de deux partis traditionnels du bipartisme français. La promesse en début de mandat de Macron était de construire une alternative centriste « ni de droite, ni de gauche » face à la chute du PS et des Républicains. Le résultat a été un virage à droite caractérisé par des attaques successives aux travailleur·euses pendant près d’une décennie : de la réforme des retraites, en passant par des avantages données à la bourgeoisie, comme la suppression de l’ISF, la criminalisation des soutiens à la Palestine, la loi asile et immigration, la gestion capitaliste de la pandémie ou encore aujourd’hui l’augmentation des frais d’inscription à l’université pour les étudiant·es étranger·es.

C’est pour cela qu’on se mobilise face aux attaques et qu’on doit continuer à se mobiliser dans les lieux de travail et dans les universités. Avec ces nouvelles mesures, le gouvernement s’attaque directement à la jeunesse en la précarisant de plus en plus mais aussi avec son projet de remilitarisation. Le projet de réinstauration du SNU pour la remilitarisation de la France et l’augmentation du budget militaire font partie d’une politique qui cherche à repositionner la France face à la situation internationale que nous venons de décrire. Dans la nouvelle situation mondiale, la question qui se pose pour la bourgeoisie est de savoir quelle est la place de la France et de l’impérialisme français. Macron tente de mettre en place une remilitarisation au service d’un projet politique réactionnaire pour que la France retrouve sa « grandeur impérialiste ».

Dans ce contexte, nous assistons à une crise politique permanente de la Ve République, un régime qui peine à se maintenir à cause de l’effondrement des bases matérielles qui lui ont permis de s’affirmer. Dans les dernières années, Macron à gouverné la France à « coups de 49.3 », en faisant recours aux dispositifs les plus anti-démocratiques du système politique. Les nominations des nombreux Premiers ministres, la dissolution de l’Assemblée Nationale, les remaniements successifs, les changements dans la composition du gouvernement ou encore la renomination scandaleuse de Sébastien Lecornu témoignent de la crise politique permanente de la macronie, incapable de résoudre la crise organique de la Ve République.

Face à la droitisation du gouvernement Macron et au développement d’une crise de la représentativité politique à laquelle la classe bourgeoise n’arrive pas à répondre, l’extrême droite essaie de se positionner comme alternative pour les présidentielles 2027. D’abord avec Le Pen et ensuite avec Bardella, le Rassemblement National se propose d’approfondir le tournant réactionnaire et de mettre en place en projet raciste et militariste contraire aux intérêt des travailleur·euses. Je pense que tout le monde ici présent sera d’accord avec moi pour dire que la jeunesse emmerde encore le Front National ! 

 

Passons de la révolte à la révolution 

Face à la crise de la macronie et à la montée de l’extrême droite, le problème est la proposition politique de la gauche institutionnelle qui est loin d’être suffisante pour faire barrage aux réactionnaires. En effet, cette montée de l’extrême droite ne s’effectue pas uniquement au sein des institutions. Néanmoins, la gauche réformiste n’agit que par des actions institutionnelles, ce qui est loin d’être suffisant. Alors, nous devons critiquer la stratégie de la gauche réformiste.

Depuis plusieurs années, Mélenchon et La France Insoumise ne nous proposent que des défaites. La création de la NUPES et du NFP n’ont réussi à remporter aucune victoire pour la classe ouvrière. Ces accords de circonstance entre plusieurs partis institutionnels se sont désarmées au lendemain de chaque échéance électorale. Les campagnes centrées sur l’élection de Mélenchon ou de Lucie Castets en tant que Premier ministre ont été loin d’arriver à concrétiser des victoires électorales pour la gauche institutionnelle. Lors des législatives 2024, le NFP s’est désisté des élections du second tour afin d’appeler à voter pour les candidatures de Macron dans plusieurs circonscriptions. La stratégie du « moindre mal » a fini par faire campagne pour la victoire de Borne (responsable de la réforme des retraites) et de Darmanin (responsable de la loi asile et immigration). Cette stratégie a contribué à la résurrection du Parti Socialiste et à renfermer les aspirations des masses dans des propositions électorales beaucoup plus limitées que les demandes réelles des mouvements sociaux.

Dans le contexte des présidentielles à venir, les limites de LFI se retrouvent également dans leurs propositions programmatiques nationalistes, dans un contexte où il est nécessaire de faire valoir une orientation internationaliste. Récemment, lors d’un rassemblement contre le racisme en soutien au maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, l’action à été récupérée par La France Insoumise qui l’a transformé en meeting scandant la grandeur de la France tout en faisant un appel à la remilitarisation du pays face au contexte international et en terminant le rassemblement par La Marseillaise.

D’un autre côté, les trahisons constantes des directions syndicales amènent la combativité de la lutte des classes en France vers des impasses et des échecs. Lors du mouvement des retraites, dans la grève des cheminots ou encore dans la séquence ouverte par les mobilisations du 10 septembre, la politique de l’Intersyndicale a privilégié la stratégie des journées saute-mouton, des jours isolés de grève sans lendemain et de dialogue avec le gouvernement Macron, au lieu de lutter pour le renverser.

Pendant les deux quinquennats de Macron, les travailleur·euses et la jeunesse se sont mobilisé·es pour des questions économiques, ainsi que pour des revendications politiques et démocratiques profondes. La classe ouvrière s’est mobilisée massivement à plusieurs reprises contre Macron et son gouvernement. La révolte des Gilets jaunes, les mobilisations de la jeunesse étudiante, les mobilisations féministes, les marches en solidarité avec le peuple palestinien, les rassemblements du comité Adama et autres ont été des exemples de mobilisation et d’auto-organisation contre la macronie. A plusieurs reprises, le mot d’ordre « Macron démission ! »  ou encore le « Bloquons tout ! » par la force de la rue et de la mobilisation ont montré qu’il y avait une possibilité réelle de dégager le gouvernement Macron par la lutte des classes et d’ouvrir tous les champs des possibles d’un autre avenir.

Dans la situation de polarisation politique actuelle, nous sommes convaincu·es de la nécessité de construire une gauche révolutionnaire pour pousser les luttes vers la victoire, vers une victoire anticapitaliste. Pour ce faire, nous devons dépasser les stratégies perdantes de la gauche syndicale et politique, car elles luttent dans le système et ne proposent aucune alternative anticapitaliste. Aujourd’hui, il est fondamental de reconstruire une force politique révolutionnaire internationaliste capable de relancer la bataille pour la révolution socialiste en faisant le bilan des mobilisations passées, pour transformer les révoltes de notre classe en véritables révolutions sociales.

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