Ce n’est pas la sécheresse, c’est le saccage ! Quel rôle les anticapitalistes doivent-ils jouer face à la crise climatique ?

Notre deuxième Week-end d’été anticapitaliste s’est déroulé dans la forêt de Fontainebleau, dans un lieu épargné par les flammes. Comment agir pour sortir de la crise climatique qui frappe le monde entier ?

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Banderole
Manifestation contre la privatisation de l’eau à Montevideo en 2024

Notre deuxième Week-end d’été anticapitaliste s’est déroulé du 27 au 30 août dans la forêt de Fontainebleau, dans un lieu épargné par les flammes. Cet été, 10% de la forêt de Fontainebleau a brûlé. 

I. Un été infernal sous le capitalisme

Le capitalisme au départ de tous les feux

Plusieurs criminels sont sur le banc des accusés : le capitalisme, d’abord, qui consume toutes les ressources de la planète ; les dirigeant·es de l’Europe et les gouvernements français qui se sont succédés sans rien faire contre le changement climatique tout en refusant d’investir dans les services publics de prévention, et enfin, ceux qui ont allumé les feux. 

Exigeons des moyens pour la protection de la nature, pour la prévention des incendies !

Mais comment prévenir la criminalité, quand il n’y a que 22 agent·es de l’Office National des Forêts (ONF) qui travaillent dans une forêt de 22 000 hectares et de 15 millions d’usager·es par an ? 22 personnes, c’est le nombre de personnes minimum qui travaillent dans un petit commissariat de quartier ! La forêt de Fontainebleau constitue un des principaux poumons verts de la région la plus dense de France.

Heureusement, plus de 5000 personnes se sont organisées bénévolement pour venir en aide pendant les incendies de Fontainebleau : rondes dans la forêt pour empêcher les nouveaux départs de feu, rapatriement des animaux blessés etc. L’ampleur de de la solidarité des habitant·es attaché·es à la forêt rend d’autant plus visible l’inaction de l’Etat.

Des catastrophes à l’échelle mondiale

Au même moment, des sécheresses et des canicules se succèdent partout dans le monde. Cette année, de terribles incendies précoces ont frappé l’Europe dès le mois de mai, des fleuves et rivières sont à sec, des quartiers populaires se sont retrouvés sans électricité, sans équipements publics et avec des logements inadaptés (lire l’article 3ème canicule : un gouvernement négligent dans une France calcinée). 

Le capitalisme et les gouvernements qui le servent ont généré une situation qu’ils sont incapables d’atténuer. D’ailleurs, ce sont eux qui mettent le feu au poudre en exploitant sans limites les ressources et en polluant sans maîtrise. Leurs guerres aussi sont responsables de l’intoxication de la planète, non seulement là où elles ont lieu avec la destruction directe de l’environnement, mais avec des répercussions dans le monde entier avec la pollution induite.

Avec les guerres, les incendies, les canicules, les tornades et les tempêtes maintenant, nous vivons avec l’impression qu’un châtiment divin nous frappe : c’est l’avènement de la nouvelle ère des extrêmes, où le cancer du capitalisme se déclenche. 

 

II. La guerre détruit la planète

La guerre en Ukraine génère la destruction de villes, la pollution chimique des terres et des cours d’eau. La menace nucléaire plane sur le territoire avec les combats aux abords des centrales. Plus d’un million d’hectares ont été brûlé en Ukraine depuis le début de la guerre (chiffre d’octobre 2025), dont un tiers de terres agricoles. La pollution de l’air entraînée par la guerre, était, selon une étude de scientifiques russes, de 230 millions de tonnes équivalent CO2 en mars 2025. La guerre tue donc directement et indirectement, en contribuant 

Au Moyen-Orient, la Palestine et le Liban sont dévastés par des décennies de guerre, et leurs terres sont maintenant profondément polluées pour des décennies. Pour Gaza, il est même question d’écocide ou d’holocide (ou encore domicide ou urbicide). La contamination toxique de Gaza se caractérise par 60 millions de tonnes de gravats. Selon les Nations unies, 15 % de ces déchets contiennent de l’amiante, des métaux lourds ou encore des résidus de munitions comme le phosphore blanc. L’armée israélienne commet aussi un génocide en anéantissant les capacités agricoles du territoire : une étude de la FAO (‘Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) démontre que seulement 1,5% des terres agricoles de Gaza sont encore cultivales, contre 42 % avant la guerre. Des dizaines de milliers de serres, de vergers et plus d’un million d’oliviers ont été systématiquement rasés par des bombardements ou des bulldozers.

Pendant que les guerres se multiplient et s’enlisent dans le monde, le budget militaire de la France ne cesse de s’accroître. Votée au 1er juillet, la loi de programmation militaire prévoit que l’Etat consacre 436 milliards d’euros au budget des Armées pour la période 2024-2030, avec 36 milliards de plus que dans le budget précédent, amenant le budget militaire annuel à 2,5% du PIB. 

 

III. Conséquences du capitalisme, canicules et incendies s’intensifient et se généralisent

La faille abyssale de moyens alloués à l’armée et, sinon à la lutte contre le changement climatique, mais au moins ceux données pour combattre les effets de ce changement donne le vertige. Alors que la France de Macron, 6e puissance militaire mondiale, s’arme jusqu’aux dents, elle ne dispose que de 12 Canadairs, de 30 ans de moyenne d’âge ! A titre de comparaison, l’armée possède 226 avions de guerre. 

Les conséquences du changement climatique sont pourtant dévastateurs. Entre 15 % et un tiers des récoltes agricoles de la France hexagonale sont perdues suite aux canicules. 

Dans les villes aussi, les vagues de chaleur ont amené à des situations très difficiles. A Chanteloup-les-Vignes, 27 000 foyers ont été privés d’électricité en pleine canicule pendant une semaine en juin. En France encore, ce sont huit personnes qui ont perdu la vie pour cause de chaleur intense, dont un ouvrier-couvreur de 19 ans mort sur un chantier.

D’autres phénomènes météorologiques que l’on peut attribuer au changement climatique se sont déroulés. Le 24 août, une tornade a frappé la commune de Pomas dans l’Aude. 50 personnes ont été blessées, dont deux personnes en urgence absolue. Selon un premier bilan, 300 des 500 maisons du village ont été touchées

Ailleurs dans le monde, les effets du changement climatique sont plus terrifiants encore. 30 000 personnes sont mortes en Inde en 5 jours de canicule. En Algérie, des incendies ont ravagé l’Est du pays entre le 26 et le 30 août. Une source indépendante du pouvoir indique un bilan qui dépasse les 200 mort·es.

Les crises s’enchaînent sans que les capitalistes ne s’en inquiètent, et l’année est loin d’être finie. D’après le Programme alimentaire mondial, le phénomène climatique océanique El Niño menace de faim aiguë 49 millions de personnes. El Niño n’a jamais été aussi intense depuis 70 ans. Il s’ajoute à un climat déjà perturbé par le réchauffement climatique. Les zones les plus à risques sont l’Afrique australe et l’Amérique centrale.

La température moyenne à la surface des océans vient d’atteindre 21,1 °C, c’est une température exceptionnelle selon l’observatoire européen Copernicus.  Depuis le mois de juin, chaque journée dépasse le record correspondant pour la saison. Les océans servent d’amortisseur climatique en absorbant plus de 90 % de l’excès de chaleur accumulé par le système climatique. Mais sous le capitalisme, ce régulateur est détraqué et ne joue plus son rôle de climatiseur, exposant les travailleur·euses du monde entier a un climat qui s’emballe.

Près de 1400 mort·s et plus de 5 500 personnes sont portées disparues après la crue dans l’Himalaya, à la frontière entre le Népal et le territoire chinois du Tibet (chiffre au 6 septembre 2026). Cette catastrophe d’une ampleur inédite est due au changement climatique, qui a favorisé la fonte du pergélisol, entraînant une cascade d’effondrements de terrain. Dans le Sud global s’élève des voix pour dénoncer l’impact de la pollution des pays les plus riches sur leur lieux de vie.

 

IV. Les fleuves sont à sec, les idées des capitalistes aussi

L’Europe n’est pas prête à faire face aux changements écologiques. Aujourd’hui, la sécheresse est également une catastrophe économique : le Rhin manque d’eau et les bateaux ne sont chargés qu’à 20 % de leur capacité. Les capitalistes ne s’intéressent pas à adapter les logements aux vagues de chaleur, mais envisagent d’approfondir le canal du Rhin. Ils ne peuvent pas imaginer résoudre le problème autrement. En Amérique centrale, la même réponse de Shadoks, creuser des trous, est apportée. 

La multiplication des sécheresses au Panama menace le fonctionnement de son canal, qui voit transiter 5% des marchandises mondiales. Quand le niveau d’eau est trop bas, le passage des navires est limité. C’est pourquoi les capitalistes veulent détourner le Río Indio par un barrage gigantesque, projet auquel s’opposent les habitant·es des 38 villages qui seraient engloutis. Comme le disaient les Uruguayen·nes en 2023 : « No es sequía, es saqueo », ce n’est pas la sécheresse, c’est le saccage. Les Uruguayen·nes s’étaient massivement mobilisé·es contre l’usage de l’eau pour les data centers, pendant que la population contractait de graves maladies des suites de manque d’eau potable.

En France même, l’eau aussi est confisqué pour les besoins des plus gros exploitants agricoles. Pour la réserve d’eau de Sainte-Soline, bien que son usage est théoriquement bloquée par le tribunal, elle a été vidé d’un coup cet été. 

Malgré toutes les retombées financières négatives de la crise climatique, les capitalistes ne tiennent absolument pas compte de l’écologie. Le gouvernement français a profité des vacances scolaires encore une fois pour faire passer les pires lois, comme celle d’urgence agricole (LUA). Elle prévoit notamment des dérogations sur l’usage des pesticides pour réintroduire des substances novices comme l’acétamipride et le flupyradifurone. Cette loi permet aussi de limiter fortement les recours environnementaux, afin de faciliter la mise en place des projets capitalistes. Alors que la planète brûle, le gouvernement poursuit son travail d’empoisonnement généralisé. 

 

V. Heureusement, notre camp s’organise

La gestion des incendies a jeté une lumière crue sur ce que c’est la lutte des classes, qui a pu apparaître au grand jour à toustes. En Gironde, les habitants du Porge ont dû enrayer elleux-mêmes l’incendie qui se propageait dans cette ville de travailleur·euses, alors que les pompiers initialement sur le terrain ont été redéployés ailleurs par leur hiérarchie, pour sauver la presqu’île de propriétés secondaires de riches du Cap Ferret. 

Sur l’ensemble de l’été, ce sont quatre pompiers qui ont perdu la vie dans la lutte contre les incendies. Mais les conséquences sur ces travailleur·euses ne s’arrêtent pas là : avec la respirations de gaz toxique lors des interventions, l’espérance de vie d’un sapeur-pompier est estimée à 7 ans de moins que la moyenne nationale. Les soldats du feu sont envoyés au front avec des statuts précaires et des équipements inadaptés qu’iels dénoncent. Leur grève illimitée qui sera lancée le 27 septembre doit être soutenue par tous les secteurs ! 

Dépassons les centrales syndicales qui n’ont pas appelé à se mobiliser pendant les canicules ! Les sapeurs-pompiers volontaires, ce sont 80% des effectifs, payé·es au lance-pierre 9€ de l’heure alors qu’ils risquent leur vie. Et d’ailleurs, ils n’ont pas le droit de grève ! En 2019 et 2020, l’opinion s’était émue, alors que les pompier·es étaient à la tête des mobilisations sociales pour les retraites, qu’iels se fassent tabasser par la police.

Au-delà des métiers les plus médiatisés, se sont déjà 4 personnes sur 10 veulent changer de métier après ces vagues de chaleur. Qui veut couler de l’asphalte, travailler en cuisine par 40° ?

 

VI. Les mesures transitoires : il nous faut un plan d’urgence anticapitaliste pour préserver la santé des travailleur·euses

Alors que les discours dominants font porter la responsabilité du changement climatique aux travailleur·euses, qui auraient de vieilles voitures trop polluantes ou qui auraient de mauvaises habitudes de consommation, le Potsdam Institute (PIK) a produit une étude du scientifique Johan Rockström qui propose une autre analyse. Elle indique que pour rester sous 1,5°C de réchauffement en respectant la justice climatique, il faudrait que d’ici 2030, le 1% le plus riche de la population mondiale divise ses émissions par trente ; les 50% les plus pauvres, par contre, pourront les multiplier par trois. 

La crise climatique ne peut être dissociée du fonctionnement du système économique capitaliste. Le modèle d’accumulation fondé sur les combustibles fossiles, la croissance irrationnelle de la production et la consommation intensive de ressources naturelles contribue à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Bien que les grandes puissances européennes prônent une transition écologique, elles continuent de maintenir des modes de production, de transport et de consommation fortement dépendants des énergies fossiles.

C’est pour cela qu’il est nécessaire de mettre en place des mesures urgentes pour nous protéger de la chaleur extrême en premier lieu. Dès maintenant, il nous faut :

  • une diminution du temps de travail, une diminution des cadences, la mise en place d’un droit de retrait thermique et l’instauration d’une température maximale au-dessus laquelle la production est mise en pause. Il est possible d’envisager d’arrêter la production quand la santé des travailleur·euses est en risque. Cela implique l’inacceptable pour les patrons : fonctionner selon une logique qui réponde avant tout à nos besoins et non à celle de leurs profits.
  • des politiques publiques de rénovation de nos lieux d’étude, de travail et de vie. 
  • une réorientation de la production 
  • un plan d’urgence écologique anticapitaliste pour garantir la santé publique

Dans ce contexte, il est nécessaire de construire une riposte de la classe ouvrière, de celleux qui font tourner la société. S’organiser pour arrêter les travaux non essentiels pendant les jours de canicule devient vital. Les syndicats doivent exiger de véritables mesures de protection des travailleur·euses, arrêter la production quand la santé est en risque et appeler à des journées d’action et de grève.

Il nous faut dans l’immédiat un plan d’urgence écologique anticapitaliste avec des politiques publiques pour éviter de compter les mort·es dans notre classe sociale et pour se préparer dès maintenant aux prochains épisodes caniculaires.

 

VII. Pour lutter contre la chaleur extrême et le changement climatique, nous avons besoin d’une organisation collective

Comment construire une écologie anticapitaliste pour défendre la planète et faire face à la crise climatique ? L’écologie peut redevenir un thème central après les grèves scolaires pour le climat, Friday for Future. Les anticapitalistes sont les seul·es à proposer une économie réaliste et soutenable, tout en permettant le progrès social.

L’extrême droite n’a rien d’autre à dire que de proposer la climatisation des logements. Macron et son camp ont prouvé en dix ans de pouvoir leur allégeance dans le capitalisme destructeur. Alors que les partis qui se revendiquent de la gauche battent la campagne pour la présidentielle, qu’est-il prévu pour une rentrée de lutte ? Un appel à une marche est lancé par un collectif le samedi 26 septembre.

Sur le front de la lutte des classes, une grève illimitée des services d’incendie et de secours commence aussi le 26 septembre 2026. Le rendez-vous est donné à Paris sur la place de la République à Paris, pour dénoncer le manque d’effectifs et la crise de la sécurité civile.

Ces grèves de pompiers pourraient entraîner un mouvement social après l’été que nous venons de passer : personne de notre classe sociale n’a échappé aux vagues de chaleur, et beaucoup ont été touchés par les incendies, que ce soit chez elleux ou sur leurs lieux de vacances.

 

VIII. La température du globe n’est pas prête de baisser, notre colère non plus : pour une rentrée de lutte !

Après cet été étouffant et insupportable, ne laissons pas le gouvernement s’en sortir à bon compte ! Les mensonges de Nuñez (ministre de l’Intérieur) sur les moyens alloués aux pompiers, l’absence de moyens pour lutter contre le changement climatique et pour la gestion des crises peuvent permettre de rassembler les colères pour déferler dans la rue. Soyons aux côtés des pompiers en grève, qui pourraient emporter dans leur sillage d’autres secteurs.

Le mouvement de la  « Révolution des flamants roses » en Albanie depuis mai démontre que l’écologie peut parfois être le déclencheur d’une prise de conscience plus générale. 

A nous de nous saisir de cette ambiance de fin du monde pour proposer, sur nos lieux d’études, sur nos lieux de travail et dans la rue, la fin du capitalisme !

 

Lire aussi

La forêt de Fontainebleau est en feu, éteignons le capitalisme ! Communiqué de Socialisme ou Barbarie, 16 juillet 2026

« Révolution des flamants roses » en Albanie : la population bec et ongles contre le capitalisme du clan Trump 29 juin 2026

https://socialismeoubarbarie.com/2026/07/12/3eme-canicule-un-gouvernement-negligent-dans-une-france-calcinee/

https://izquierdaweb.com/una-europa-seca-en-tiempos-de-combustion/

 

Sources

www.contretemps.eu/climat-inegalites-lutte-classes-tanuro/

www.tni.org/fr/article/ecocide-imperialism-and-palestine-liberation

www.blast-info.fr/articles/2025/a-gaza-lecocide-comme-arme-de-genocide-LarMe8V8R9iDnFPj6nkXzg

www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm

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