Un monde en ébullition

Déclaration du Courant international Socialisme ou Barbarie à l'occasion du 1er mai, par Victor Artavia le 30 avril 2026.

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Ce 1er mai marque le 140e anniversaire de l’acte héroïque des Martyrs de Chicago. En 1886, une immense grève éclate dans cette ville américaine, dont la principale revendication était le droit à une journée de travail de huit heures. En réponse à cela, la « justice » bourgeoise a faussement accusé huit dirigeants ouvriers d’avoir posé une bombe, dont cinq ont été condamnés à mort (l’un d’eux s’est suicidé avant d’être exécuté) et les trois autres ont été condamnés à la prison.

À cette occasion, cet anniversaire a lieu dans un monde en pleine effervescence. La conjoncture internationale est très particulière. Nous nous trouvons au milieu d’une période de transition, car l’expérience de l’extrême droite qui domine en Occident est remise en question.

Cela s’explique par un fait d’une importance capitale, à savoir que les gouvernements d’extrême droite se heurtent aux limites que leur imposent la lutte des classes et la résistance des peuples. Cela les empêche d’imposer une forme de capitalisme encore plus vorace et de réduire à néant les acquis démocratiques.

Au niveau international, par exemple, Trump a échoué dans sa tentative de renverser le régime des ayatollahs en Iran. L’agression militaire impérialiste (de connivence avec le gouvernement génocidaire de Nétanyahou) a étouffé la juste résistance interne contre le régime théocratique de ce pays. Il est un fait objectif que l’échec de la Maison Blanche au Moyen-Orient a déclenché une crise au sein de l’extrême droite internationale et du trumpisme.

Ce revers en matière de politique étrangère a eu des répercussions au sein même des États-Unis, alimentant le malaise social vis-à-vis de l’administration Trump, dont la popularité traverse actuellement sa pire période.

Les symptômes de cette situation étaient déjà visibles depuis des mois, principalement en raison du rejet que la politique anti-immigration raciste et xénophobe de la Maison Blanche a suscité (et continue de susciter) parmi de larges secteurs de la population américaine. Un exemple parmi d’autres : l’administration Trump a encaissé une véritable claque au Minnesota, où l’auto-organisation des habitant·es et des communautés a pris le pas sur les institutions de l’État américain et contraint les agents de l’ICE à battre en retraite.

De plus, plusieurs mois se sont écoulés depuis, mais l’administration américaine n’a pas lancé un nouveau siège contre une autre ville pour « traquer » les migrant·es, sachant que cela pourrait déclencher un mouvement de résistance contre l’ICE à l’échelle nationale (Trump garde à l’esprit que la rébellion « Black Lives Matter » de 2020 a été déterminante dans sa défaite lors de la réélection cette même année).

Au contraire, le gouvernement américain a changé de tactique et tenté de truquer les élections de novembre. À cette fin, il déploie une opération visant à prendre le contrôle des élections dans au moins huit États, un par un.

D’autre part, les mauvaises nouvelles ne concernent pas uniquement Trump, car elles touchent également d’autres figures de proue de l’extrême droite internationale. En Europe, Viktor Orbán a essuyé une défaite cinglante lors des élections en Hongrie et, bien que le vainqueur soit un candidat de droite conservatrice, le fait qu’il ne soit pas d’extrême droite a été perçu comme un soulagement par de larges secteurs de la population, lassés de l’autoritarisme et des attaques réactionnaires d’Orbán.

En Italie, le gouvernement de Meloni est sur la défensive depuis plusieurs mois, une situation qui s’est aggravée après la défaite subie lors du référendum de mars, où il espérait faire adopter la réforme judiciaire. De même, à ce stade, l’avenir du Front national en France reste incertain.

En ce qui concerne l’Amérique latine, le gouvernement Milei en Argentine traverse une période difficile, dont il tente de se remettre. Mais il est indéniable qu’une partie de la bourgeoisie n’est pas à l’aise avec sa gestion chaotique des affaires publiques, ce qui provoque une montée du malaise social dans ce pays d’Amérique du Sud. Au Brésil, les sondages indiquent un coude à coude entre Lula et Flavio Bolsonaro, qui s’affronteront lors des élections d’octobre prochain.

Par ailleurs, nous pouvons souligner le rôle conservateur et traître des formations de centre-gauche, qui n’agissent qu’au niveau institutionnel et n’appellent pas les masses à descendre dans la rue. À l’inverse, l’extrême droite combine l’action parlementaire et l’action extraparlementaire. La tendance des gouvernements d’extrême droite est de mettre à rude épreuve et de tester les limites du régime démocratique bourgeois. Pendant ce temps, le réformisme et les bureaucraties se contentent de les « affronter » par la voie institutionnelle et, pire encore, d’essayer d’empêcher que le mécontentement contre l’extrême droite n’explose dans les rues.

Bien que tout semble jouer contre eux, on assiste actuellement à une vague de ripostes et de réactions de la part de certains secteurs du mouvement de masse. Les immenses mobilisations « No Kings » contre Trump en sont le reflet. De même, les grèves en Italie en solidarité avec la Palestine ont eu un impact considérable : en 2025, elles ont paralysé le pays méditerranéen à plusieurs reprises, ont bénéficié du soutien de près de 60 % des bases syndicales et ont mobilisé des millions de personnes.

Dans ce contexte, il convient également de souligner qu’un nouveau mouvement ouvrier est en train de naître. Ces dernières années, le secteur des travailleurs et travailleuses des plateformes a connu une croissance massive. Il s’agit d’une nouvelle branche productive qui cherche à précariser les travailleur·euses en général et à les soumettre à une gestion du travail sous le « fouet » de l’algorithme. Face à cela, les travailleurs et travailleuses du secteur ont commencé à trouver des outils d’organisation pour faire face à ce type d’attaques, en tirant parti du développement technologique qui peut servir aussi bien à des perspectives d’émancipation qu’à l’exploitation (un phénomène similaire se produit avec l’IA).

Un exemple en est le IIe Congrès international des travailleur·euses de plateformes, qui se tiendra prochainement à Los Angeles, aux États-Unis, en présence de délégations venues de pratiquement tous les continents et des principales villes des États-Unis, dont certaines ont été prises pour cible par l’ICE de Trump.

Par ailleurs, nous ne pouvons manquer de souligner le processus d’organisation par la base qui se développe au Brésil, où les « livreurs » ont commencé à mettre en place des organisations syndicales et à organiser des « breques » (grèves) au niveau fédéral ou régional, rassemblant parfois des dizaines de milliers de travailleur·euses dans les rues de ce géant sud-américain. Notre courant international est fier de faire partie de ce processus d’organisation fondatrice des livreur·euses au Brésil, tout comme il le fait depuis l’Argentine en luttant pour la reconnaissance du Syndicat des travailleurs de la livraison par application (SiTraRepA).

Dans ce contexte, notre courant international Socialisme ou Barbarie (SoB) publie cette déclaration à l’occasion du 140e anniversaire du 1er mai. Nous participerons aux manifestations qui se tiendront dans divers pays, au cours desquelles nous brandirons les drapeaux de la classe ouvrière internationale et contre l’extrême droite, en défendant une perspective anticapitaliste en totale indépendance vis-à-vis des directions réformistes et bureaucratiques.

Nous saluons nos frères et sœurs de classe du monde entier et exprimons notre soutien depuis Los Angeles, Paris, São Paulo, Buenos Aires, le Costa Rica et depuis d’autres pays et villes où notre courant participe aux manifestations du 1er mai.

 

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