L’histoire ouvrière du mouvement LGBTI

Cette présentation est issue du débat Les luttes LGBTI+ dans le monde face à la montée de l’extrême droite, le 20 juin 2026.

0
5
Pride de 1985 à Londres. Colin Clews

Avec toutes les théories réactionnaires (Trump, Meloni, Orban qui a dégagé, Poutine, Bassirou Diomaye Faye Sénégal), il est important de structurer la pensée à l’éclairage du marxisme. Certaines théories d’extrême droite prétendent que le grand capital est contrôlé par les juifs et les homosexuels, les religieux intégristes font croire que les homosexuels veulent manipuler les enfants et vendre le corps des femmes. Nous retrouvons aussi dans le mouvement trotskiste des groupes qui ne proposent rien au mouvement LGBTI parce qu’ils ne comprennent pas la composante commune avec la lutte des classes et parce qu’ils oublient une partie de l’histoire du mouvement ouvrier.

C’est pourquoi nous allons revenir sur des aspects du mouvement LGBTI et de la luttes des classes pour comprendre dans quelle filiation de luttes ont s’insère pour construire le mouvement. 

 

Les revendications pour les droits LGBTI ne commencent pas avec Stonewall mais en 1917 avec la Révolution Russe

Juin est le mois des marches des fiertés LGBTI (lesbienne, gay, bisexuel-le, transgenre, intersexe) en souvenir des émeutes de Stonewall en 1969. Mais les revendications LGBTI ne commencent pas à cette période mais bien avant. 

Lors de la Révolution russe et dès les premières semaines  de leur prise du pouvoir, les bolcheviks retirent le délit d’homosexualité du Code pénal, en décembre 1917. La persécution étatique des personnes LGBT+ cesse. En 1922 est adopté le nouveau Code pénal soviétique. La dépénalisation de l’homosexualité y est confirmée et toutes les anciennes dispositions législatives à l’encontre des personnes LGBT+ disparaissent. Les interdictions faites aux homosexuel·les d’occuper des emplois publics sont supprimées.

Ainsi, Gueorgui Tchitcherine, qui assume publiquement son homosexualité, devient commissaire du peuple (c’est-à-dire ministre) aux affaires étrangères dès 1918. Il conserve ce poste jusqu’en 1930. Concernant les personnes trans, notons qu’en 1926 il devient possible de faire changer librement la mention du sexe sur les passeports sur simple demande. Une revendication que nous n’avons toujours pas obtenue en France en 2026, cent ans plus tard !

Grigorii Batkis ou encore Alexandra Kollontaï défendent une position émancipatrice sur la sexualité demeurent minoritaires, mais pour changer les mentalités de la société russe, la dépénalisation ne suffit pas. Il faudrait une transformation sur une période plus longue pour que les mœurs changent tout à fait. 

Dès 1917 en Russie, les recherches sur  les personnes transgenres ont permis d’envisager que le genre n’était pas un système binaire avec l’homme et la femme mais plutôt un spectre. La reconnaissance du mariage de même sexe s’est faite presque de naturelle : deux personnes homosexuelles ont demandé à être mariées, et les tribunaux et les responsables locaux, au lendemain de la révolution russe, ont rapidement décidé qu’il n’y avait aucune raison de nier la demande.

Staline s’empresse de retirer ces mesures progressistes en 1930.

 

L’avènement de la défense des droits LGBTI dans un contexte antimilitariste

Un autre aspect intéressant de la lutte LGBTI c’est celui antimilitariste, surtout dans notre période. Les militant·es LGBTI se sont de tout temps confronté·es avec l’armée et la police a toujours, dans tous les pays. Les communautés homosexuelles des grandes villes des Etats-Unis comme San Francisco se sont formées de tous les jeunes hommes rejetés par l’armée états-unienne dans les années 60, avec la conscription de 1964, pour la guerre du Vietnam.

Dans ce contexte, la police aux Etats-Unis dans les années 60 rentre dans les bars souvent tenu par des mafias, embarque les gens et les violent dans les commissariat. Ces faits sont relatés dans le roman Stone Butch Blues de Leslie Feinberg que je vous invite vraiment à lire sur une ouvrière lesbienne puis trans, qui subit antisémitisme, viol, exploitatation patronale, de Buffalo à New-York.

 

Les émeutes de Stonewall : les LGBTI entrent en scène

Le Stonewall Inn était un établissement tenu par la mafia du quartier de Greenwich village, accueillant des personnes homosexuelles et transgenres, notamment les plus marginalisées : afro-américaines, portoricaines, sans-abris, prostituées où la police faisait des raids. Ce soir du 28 juin 1969, la police menotte une butch qui appelle la foule à se révolter. Marsha P. Johnson, une femme trans noire, commence à jeter des briques. Puis c’est l’émeute, 2000 manifestant·es affrontent 400 policiers. Pendant les trois jours que durent les révoltes, les médias n’en parlent pas. Mais à ce moment-là, c’est comme si les LGBTI allaient décider de s’organiser pour gagner leur droit à vivre.

 

En France, féminisme et émergences des revendications LGBTI

Dans les années 70 en France, la solidarités de classe s’exprime avec les lesbiennes qui vont rejoindre les femmes hétérosexuelles dans la lutte contre le viol et pour l’avortement. Avec l’action du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC),cGisèle Halimi  fait reconnaitre la loi pour l’avortement et contre le viol avec le procès des deux jeunes lesbiennes belges violées à Marseille. 

Des groupes de gauche radicale comme le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) ou les Gouines rouges se fondent pour dénoncer la pudibonderie à gauche alors qu’à ce moment, les homosexuel·les sont fiché·es par la police et l’homosexualité est criminalisé. Un de leurs slogans est par exemple Prolétaires de tous pays, caressez vous !, utilisant l’humour et des formes renouvelées de militantisme pour porter leurs revendications.

La LCR et LO ne voient pas d’un bon œil l’émergence de ces mouvements qu’ils qualifient d’individualistes petit bourgeois. Par la suite, Krivine, porte-parole de la LCR, sera finalement le premier politicien à venir à une Pride. En 1971, le porte-parole stalinien du PCF, Jacques Duclos, va déclarer quand on lui demande si le PCF va revoir sa qualification concernant les homosexuel·les « Comment vous, pédérastes, avez-vous le culot de venir nous poser des questions ? Allez vous faire soigner ! ». Ce à quoi un groupe du FHAR va répondre dans la rue par le slogan :« Gauchiste desserer les fesses ». 

 

Auto Organisation pour la lutte contre le VIH

Dans le contexte de l’émergence du virus du Sida, ce sont une fois encore les LBGTI qui vont servir de bouc-émissaires et qui seraient responsables du mal qui les frappent. L’auto-organisation de notre camp social pour faire face à la pandémie est un élément essentiel de la cohésion du mouvement LGBTI. Les Etats, sans volonté de faire quoique ce soir mais aussi incapables d’endiguer la pandémie, vont laisser mourir les malades par centaines de milliers tandis que la communauté LGBTI va organiser la prévention et la lutte contre le VIH.

 

Focus sur l’expérience « Lesbians and Gays Support the Miners » 

De mars 1984 à 1985, une grande grève des mineurs britanniques s’oppose à la fermeture de vingt mines de charbon. Pour briser le moral et la combativité des mineurs qu’elle désignait comme des « ennemis intérieurs », Margaret Thatcher utilisa tous les moyens : une violence policière inouïe, la saisie des avoirs de la National Union of Mineworkers (NUM), le renforcement des lois anti-grèves, etc.

C’est dans ce contexte qu’une collecte pour les mineurs a lieu pendant la Pride de Londres en juin 1984. Mark Ashton, militant communiste, mort en 1987 du SIDA, forme le groupe « Lesbians and Gays Support the Miners (LGSM) qui va récolter 20 000 livres. Une rencontre est organisée entre la communauté LGBTI et les mineurs pour leur remettre la caisse de grève.

Le journal tabloïd Sun utilisa l’expression « pits and perverts » pour se moquer de l’initiative : les puits de mine et les pervers. LGSM détourna la formule en baptisant ainsi le concert de solidarité organisé à Londres en décembre 1984, au cours duquel le mineur gallois David Donovan affirma la solidarité des 140 000 mineurs avec les militant·es de la cause homosexuelle.

Une importante délégation de mineurs participa ensuite à la Pride de 1985. Lors de la conférence du Parti travailliste qui suivit, la NUM réussit à faire adopter une motion en faveur des droits des homosexuels contre l’avis de la direction. Puis la NUM et l’association des femmes de mineurs devinrent les principaux soutiens de la campagne contre la Clause 28, un amendement homophobe adopté en 1988.

La mémoire de cette solidarité a été renouvelée par la création du collectif Lesbiens and gays support the migrants qui lutte contre la chasse aux migrant·es.

 

Pour résumer, l’histoire des luttes LGBTI ouvre des perspectives de révoltes antimilitaristes, pour fédérer notre classe contre les réactionnaires et pour se solidariser avec les combats internationalistes.

Au regard de cette rétrospective, c’est à nous de poursuivre les luttes pour nos droits et l’émancipation !

 

Rejoins le cortège de Las Rojas le 27 juin 2026 Place d’Italie à Paris à 13h30.

 

Poursuivre la lecture

https://socialismeoubarbarie.com/2026/05/31/samedi-20-juin-soiree-de-las-rojas-notre-fierte-cest-de-lutter/

https://socialismeoubarbarie.com/2026/06/14/une-pride-revendicative-contre-la-guerre-limperi pasalisme-et-pour-laccueil-des-personnes-migrant%c2%b7es/

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici